Le procès de Mohamed Medjoub, accusé d’être l’auteur de l’attentat de la rue Victor-Hugo en mai 2019, s’est ouvert ce lundi 31 mars. Muet depuis le début, il est resté de marbre face à sa propre famille.
Face aux dépositions, attristées ou incrédules, des membres de sa famille, l’Algérien Mohamed Medjdoub, jugé devant la cour d’assises spéciale de Paris pour un attentat à la bombe qui avait fait une quinzaine de blessés devant une boulangerie de Lyon en mai 2019, est resté de marbre refusant tout échange avec eux ce mercredi 2 avril
« Vous voulez dire quelque chose à votre mère? », tente le président Jean-Christophe Hullin. Regardant droit devant lui, l’accusé, comme depuis le début du procès, ne réagit pas.
« Il a toujours eu tout ce qu’il voulait (…). Je me suis sacrifiée toute ma vie pour mes enfants », dit à la barre Hafida C., 59 ans, ancienne ingénieure en génie civil, manteau gris et cheveux cachés par un voile bleu.
« J’ai l’impression d’être punie par Dieu », confie sa mère
« Je n’arrive pas à comprendre. J’ai l’impression d’être punie par Dieu », poursuit la mère de famille qui a quitté l’Algérie en 2015 pour que ses enfants puissent avoir « un meilleur avenir ».
Elle cite la réussite scolaire de ses trois autres enfants, répète à l’envi qu’elle ne comprend pas ce qui a pu se passer dans la tête de son fils, venu les rejoindre à Oullins, en banlieue lyonnaise, en 2017, alors qu’il a 22 ans. « On est détruits », dit-elle.
Certes, veut bien admettre l’avocat général Nicolas Braconnay, lui rappelant cependant que Mohamed Medjdoub a tenu devant elle des propos à connotation jihadiste lors de visites en prison sans qu’elle réagisse face à leur violence.
Ainsi, indique le magistrat, au cours d’un des parloirs (sonorisés par l’administration pénitentiaire) alors que son fils évoquait « les crimes » des forces de la coalition en zone irako-syrienne, Hafida C. lui avait donné raison avant de répondre que « le Seigneur a puni la coalition en envoyant le coronavirus » en Occident.
Sa petite sœur dans le déni
La petite sœur de l’accusé, âgée de 15 ans au moment des faits, est dans le déni complet. « Mon frère ne peut pas avoir fait ça. Ce n’est pas possible. » L’avocat général lui indique que ses parents « ont compris que c’est (Mohamed) qui a posé la bombe ». « Ah! », répond la jeune femme.
Le représentant du parquet national antiterroriste (Pnat) lui rappelle encore des propos de son frère en détention où il souhaite notamment la mort des mécréants. « Je n’ai aucun souvenir de ces discours là », dit la cadette qu’on sent sur le point de craquer.
« Soit il est fou, soit il est possédé », dit-elle en se faisant violence. « Je ne veux plus parler » de cette affaire, « je suis fatiguée émotionnellement », ajoute la jeune femme qui intervient en visio depuis une salle de la cour d’appel de Lyon.
« Est-ce que vous avez quelqu’un pour parler de votre peine? », s’enquiert une des avocates de la défense. La jeune femme qui poursuit des études pour devenir expert-comptable s’effondre en sanglots, incapable de poursuivre.
Son frère condamne et partage sa « honte »
Mustapha, 24 ans, petit frère de l’accusé, en sixième année d’internat en biologie médicale au CHU de Saint-Etienne (Loire), parle, lui, de sa « honte ». Après l’attentat commis par son frère, il avait été interpellé dans son lycée, « trois semaines avant le bac », se souvient-il.
« Je suis extérieur à cette histoire. Je n’ai rien fait à part être son frère », explique-t-il. « Je condamne tous les attentats. On n’a pas besoin de tuer des gens pour se faire entendre », insiste-t-il.
Comme toute sa famille, il a été privé de son titre de séjour par les autorités administratives françaises depuis l’interpellation de son frère.
La grande sœur de l’accusé, Cherifa, 35 ans, architecte, estime qu’elle est « une victime » et comme sa cadette doute de la culpabilité de son frère. « Jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas » s’il a posé une bombe, dit-elle.
« Une pomme pourrie », tranche sa tante
Un avocat de parties civiles s’indigne en évoquant les blessés de l’attentat. « C’est des victimes, comme nous », consent-elle à dire. Voix gouailleuse, sourire permanent aux lèvres, la tante de l’accusé, Manille, 62 ans, qui intervient en visio depuis Lyon, détonne.
Son neveu? « Une pomme pourrie », tranche-t-elle. Se définissant comme « le mouton noir » de la famille, elle explique que le courant n’est jamais passé avec Mohamed car « j’étais trop française, trop libertaire » à ses yeux.
« Je suis dégoûté que notre nom soit sali », dit-elle sans se départir de son sourire. Le procès est prévu jusqu’au 7 avril.
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